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Les Ossètes : qui sont-ils ?

Les Ossètes sont un mélange de Sémites et d’Aryens.* C’est un peuple et non une ethnie.

On peut remonter l’histoire du peuple Ossète au moins sur 30 siècles. Dans les années 40 avant Jésus-Christ, la réunification de la Scythie, qui s’étendait de la mer d’Azov jusqu’au Danube, fut achevé par le roi scythe Atéas. Après l’invasion des Goths, la Scythie donna naissance aux Alans. Une partie d’entre eux, rejoignant une nouvelle grande migration gagnèrent l’Afrique du Nord alors que l’autre partie s’arrêta aux contreforts du Caucase et s’y installa. Elle donna naissance à l’État féodal d’Alanie.

Leur territoire envahit par les mongolo-tatares, les Alans survivants furent contraints de gagner la montagne et de se disperser dans ses gorges. Certains s’installèrent en Transcaucasie. Ils sont aujourd’hui les Nord- et les Sud-Ossètes. Pendant 15 siècles, leur histoire va être étroitement liée à celle des Russes slaves.

« Le 25 septembre 1750, le peuple Ossète envoya une ambassade à Saint Pétersbourg, auprès de à l’impératrice Elisabeth Pétrovna, à laquelle ils déclarèrent que « le peuple Ossète tout entier souhaite devenir sujet de la couronne russe ». Les cinq ambassadeurs Ossète et l’archimandrite Pakhomi prièrent l’impératrice d’autoriser les Ossètes à descendre de la montagne. L’autorisation étant accordée, les Ossètes s’établirent dans les plaines du Caucase du Nord.

Aujourd’hui, bien que séparé par les montagnes, les Nord-Ossètes (qui vivent à l’intérieur des frontières russes) et les Sud-Ossètes (qui vivent en territoire géorgien) ont gardé des liens très forts avec leurs parents, communiquant étroitement, se rendant de fréquentes visites, se rencontrant lors de la célébration de nombreux mariages.

Histoire récente :

La paix qui régnait au sein du peuple Ossètes a été grandement perturbée par l’effondrement du régime soviétique. Le territoire occupé, jusque-là, par les Ossètes du Sud, est dévolu à la Géorgie. En 1989, des heurts interviennent entre les Ossètes du Sud, qui aspirent à l’autonomie, et le nouvel État de géorgien. La Russie intervient.

En 1990, les Ossètes prennent l’initiative d’élire leur propre Parlement. Pour les punir, les dirigeants géorgiennes annulent leur statut de « région autonome ». En décembre de la même année, débute la guerre entre Géorgiens et Ossètes du Sud.

En Décembre 1991, le peuple des Ossètes du Sud proclame unilatéralement la « République indépendante » d’Ossétie du Sud.

Le 19 janvier 1992, le parlement Ossète organise un référendum sur l' »indépendance » en Ossétie du Sud. Les habitants géorgiens de la région en sont exclus. 99,75 % des votants se prononcent pour l’indépendance.

Le 24 juin 1992, la Géorgie et l’Ossétie du sud signe à un cessez-le-feu. Une force russe de maintien de la paix est acceptée par les deux signataires.  

En Novembre 2003, une « révolution de velours » à Tbilissi (Géorgie), porte au pouvoir  Mikheïl Saakachvilile (réformateur pro-occidental).

En Août 2004, après une offensive militaire en Ossétie du Sud, la Géorgie se retire du territoire Ossète.

En Novembre 2006, les Ossètes du Sud votent en faveur de l’indépendance et du rattachement à la Russie.

En Avril 2008, La Russie, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud annoncent l’établissement de relations officielles.

En Aout 2008, dans la nuit du 7 au 8 août, Tbilissi lance une attaque massive sur les positions Ossètes, aux alentours de la capitale séparatiste Tskhinvali.

Le 7 août en fin d’après-midi, un représentant du Ministère de la Défense géorgien, Mamouka Kourachvili, justifier l’attaque géorgienne en déclarant que « le camp Ossète avait contredit la décision géorgienne de prévoir un cessez-le-feu général en mitraillant un village géorgien. Le camp géorgien a décidé de restaurer l’ordre constitutionnel dans toute la région. »

Le 8 août, vers 1heure du matin selon les autorités Ossètes, l’armée géorgienne engage des tirs sur les milices séparatistes, dans la banlieue de la « capitale » Tskhinvali. L’attaque est suivie d’une opération d’envergure. Tskhinvali et encerclée par des blindés géorgiens. Selon les informations divulguées par les deux camps, 15 miliciens Ossètes et 10 soldats géorgiens auraient été tués. Dans la matinée du 8 août, les forces géorgiennes semblent s’être emparées de 8 villages Ossètes et font pression sur les quartiers périphériques de Tskhinvali.

Pour dégager Tskhinvali de l’emprise des chars géorgiens, les forces russes de maintien de la paix présentes depuis 1992 interviennent. Elles font reculer les forces géorgiennes en dehors des limites de l’Ossétie du sud.

Le mardi 26 août le président russe Dimitri Medvedev reconnaît l’indépendance des deux républiques séparatistes de Géorgie : l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud. Pour le président russe, « Tbilissi a fait son choix dans la nuit du 7 au 8 août (en lançant une offensive militaire contre l’Ossétie du Sud). Le président géorgien Mikhaïl Saakachvili a choisi le génocide pour atteindre ses objectifs politiques Il a ainsi fait une croix sur tous les espoirs de cohabitation pacifique des Ossètes, Abkhazes et Géorgiens dans un même état ».

Les intérêts géopolitiques et économiques

L’Ossétie du Sud fait partie du Caucase du sud.

Cette région géographique englobe les trois états qui la composent : l’Arménie, la Géorgie et l’Azerbaïdjan.

Coincés entre deux mers, la mer Noire et la mer Caspienne, devenues des rouages stratégiques, les trois pays du Caucase du Sud sont des éléments essentiels à la stabilité de la région. Ils sont situés au croisement de l’Europe, de l’Asie centrale et du Proche-Orient, frontaliers de la Turquie, de l’Arménie, de l’Azerbaïdjan et bordant la Russie qui constitue sa frontière nord (par le biais des républiques « autonomes » du Caucase à l’instar de la Tchétchénie, du Daghestan, de l’Ingouchie).

Cette situation géographique fait des trois états du Caucase du sud des passages obligés de transit des carburants. Ils sont traversés par de nombreux oléoducs, gazoducs et, grâce aux gisements prometteurs de la mer Caspienne et du Kazakhstan, sont autant de débouchés gigantesques en direction des marchés européens.

Ceci explique la politique de l’union européenne de diversification de ses importations et de sécurisation de ses sources d’approvisionnements énergétiques.

Cette situation géographique, la richesse des sous-sols du Caucase du sud, expliquent en partie la Déclaration de Borjomi, signée, le 12 août 2005, par les présidents géorgien Mikhaïl Saakachvili et ukrainien Viktor Iouchtchenko. Cette déclaration annonçait la création d’une « Communauté de choix démocratique », allant de la mer Baltique à la mer Caspienne.

Déclaration qui intervenait alors que des conflits dit « gelés » (Ossétie du Sud et Abkhazie en Géorgie, Haut-Karabakh), entraînait une course aux armements.

Les infrastructures « énergétiques» :

De nombreux oléoducs traversent le territoire des trois Etats caucasiens, en particulier le projet Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC). De nombreux ports sont directement liés à l’exportation du brut venant de Bakou :

Les ports de Poti, Batoumi, Soukhoumi , Soupsa, sont autant d’infrastructures dédiées à l’exploitation et au transport de pétrole et de gaz naturel. Autant de lieux habités, de cible en cas de conflit.

Compte tenu de la crise pétrolière, de la pénurie que l’on connaît depuis 30 ans, il est évident que cette région, comme tant d’autres sur la planète, est la cible de toutes les cupidités.

Conclusion

Nous sommes donc face à un peuple légitime et historique habitant d’une région du monde, dont les membres ont été séparés par des frontières décidées politiquement sans leur accord, (souvenez vous de Berlin est et ouest ! Et des ravages humains, familiaux de cette situation ubuesque et arbitraire) qui a librement, légalement et démocratiquement décidé de son indépendance par rapport à la Géorgie. Cette dernière ne veut absolument pas la lui accorder d’ou les événements du 7/08/2008.

Il est regrettable que les pays occidentaux, alors que la crise pétrolière, énergétique, se profile depuis une quarantaine d’années, préfèrent générer et attiser des conflits pour s’approprier une matière première polluante, alors qu’en 40 ans, l’argent investi dans ces conflits aurait pu l’être dans la recherche-développement d’énergies non polluantes. Certes, ses énergies ne présentent pas l’avantage d’enrichir de grands groupes. Il est probable que le lobby pétrolier occidental tire les ficelles en s’appuyant sur la crainte de l’Europe d’être sous le dictat énergétique de la Russie !

Le peuple Ossète doit-il payer pour l’incurie des dirigeants des pays développés ? Sa liberté doit-elle être sacrifiée pour que nous gardions le droit de polluer toujours plus ?

La reconnaissance, par la Russie, de l’indépendance de l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud est un premier pas. Pour que le peuple Ossète retrouve la jouissance de l’intégralité de son territoire, il conviendrait que la Russie rende son indépendance à l’Ossétie du Nord et que l’ensemble des pays de la planète reconnaisse que l’Ossétie est un pays libre, indépendant et souverain.

En savoir plus :

« Caucase du Sud, la nouvelle guerre froide », par G. Minassian** Paris – Autrement, collection Frontières, 2007, 188 pages.

**Docteur en science politique et chargé de cours, chercheur au Groupe d’analyse politique (GAP) à l’université de Paris X Nanterre et chercheur au Centre d’études et de recherche de l’Ecole militaire (CEREM). Collaborateur de plusieurs revues : « Politique Etrangère » de l’IFRI, « Questions internationales » de la Documentation française et l’ »Annuaire français des relations internationales » du Centre Thucydide de l’université de Paris II Assas. Gaïdz Minassian publie également au « Monde.fr. »

http://www.caucaz.com/home/depeches.php?idp=1899&PHPSESSID=ea82ed041f1ccd8627428fe3a09579ec

http://www.madmoizelle.com/multipage_je-veux-comprendre-le-conflit-en-ossetie-du-sud_2008-08-09_5.html

http://www.rfi.fr/actufr/articles/070/article_39130.asp

 

*, d’après les travaux de Pfaff, et du chercheur russe Andreï Chegren.

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