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Les droits de l'homme s'arrêtent la ou commencent ceux des affaires

Loppsi II, le coût de la vidéosurveillance.

Depuis hier, les députés examinent le projet de loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure, autrement nommé Loppsi II.

Parmi les outils que le gouvernement prévoit d’utiliser pour mener cette lutte ,on trouve un outil cher au ministre de l’intérieur, Brice Hortefeux: la vidéosurveillance, rebaptisée pour ne pas heurter les âmes sensibles, vidéo protection.

Nul n’ignore que Brice Hortefeux désire tripler le nombre de caméras installées sur le territoire et sur la voie publique d’ici à 2011. De 20 000 caméras installées en 2008, il espère passer à 60 000 caméras .

Parallèlement, et en toute logique, une estimation financière devrait être annexée au projet de loi Loppsi II et discutée . Elle devrait permettre aux députés d’évaluer si l’investissement proposé sera pertinent au regard de l’objectif à atteindre.

Je n’ai malheureusement pas trouvé une telle estimation. Je vous propose donc de la faire.

D’après les informations données sur le site dédié à la vidéosurveillance par le gouvernement, en 2008, le financement ou le cofinancement de 304 projets de vidéoprotection a coûté10,2 millions d’euros, soit 33 552,63 euros/projet .

Si Brice Hortefeux obtient l’autorisation d’installer 40 000 caméras supplémentaires, cela coûtera à la nation 1 342 105 200 euros.

Le coût total du projet vidéo surveillance se monterait à 2 013 157 800 euros!

Un montant qui, en ces temps de crise, n’est pas négligeable et qui nécessite de vérifier si le retour sur investissement sera satisfaisant.

Pour cela, il est judicieux d’examiner ce qu’en disent les pays qui ont installé de tels systèmes, depuis de très nombreuses années, ce qui leur permet d’établir des bilans nettement plus probants que ceux sur lesquels s’appuie le ministère de l’intérieur.

Comme le souligne Jean-Pierre Dubois, professeur de droit public à l’université Paris XI, dans un article du journal Le Monde, "les pays qui ont expérimenté la vidéosurveillance à grande échelle en ont tiré un bilan négatif."

Bilan négatif par ce que les systèmes de vidéosurveillance, à part dans des lieux très précis, sont inefficaces en termes de sécurité et de dissuasion, puisqu’on constate qu’ils ne font que déporter la délinquance vers des lieux non surveillés.

C’est un peu à la même conclusion qu’on arrive en lisant le l’article de Noé Le Blanc publié dans Le Monde diplomatique.

Il ressort des dernières études de la Metropolitan Police de Londres que pour 1000 caméras installées, un seul crime, où un seul délit, est résolu. Soit un taux d’efficacité de 1 pour 1000.

Dès lors, on comprend mieux que certains citoyens anglais, non sans humour se demandent: « Comment peut-on se sentir rassuré par la présence de caméras ? Tout ce qu’elle veut dire, c’est que quelqu’un pourra vous regarder en train de vous faire agresser, tabasser, violer ou assassiner. » Daily Telegraph (17 janvier 2008)

Revenons au projet d’implantation de 60 000 caméras sur le territoire français et récapitulons. Un rapide calcul de rentabilité de l’investissement s’impose,

  • Sachant que le taux d’efficacité d’une caméra est de 1 pour 1000, 60 000 caméras permettront de résoudre 60 délits ou crimes.

  • Sachant que l’installation de ces 60 000 caméras va coûter à la nation 2 013 157 800 euros.

  • Sachant, comme l’a souligné le député Goldberg , que chaque image utilisée pour l’élucidation d’un délit a coûté au total 6826 euros à la puissance publique, dont 5913 euros pour la ville

  • Sachant que les caméras de vidéosurveillance ne font que pour reporter la délinquance dans des lieux non surveillés

Certes, le pays est en crise économique et, d’après le quotidien le Matin, la vidéosurveillance a généré en 2008 un chiffre d’affaires de 941,4 millions d’euros.

Certes, nul ne scierait la branche sur laquelle il est assis, et la sécurité est un peu le fonds de commerce du gouvernement. On ne peut donc attendre de lui qu’il prenne des mesures réellement efficaces pour lutter contre la délinquance.

C’est probablement pourquoi la vidéosurveillance, dite vidéo protection (le changement d’appellation est psychologiquement très important), lui apparaît comme la meilleure solution pour faire croire qu’il joue son rôle constitutionnel de protection des biens et des personnes, sans pour autant apporter de solutions efficaces aux problèmes de la délinquance et en donnant un petit coup de pouce aux consultants, fabricants et importateurs de systèmes de vidéosurveillance!

Cependant,investir au minimum 2 013 157 800 euros pour ne résoudre que 60 délits ou crimes ET fragiliser, par conséquence, des zones entières de territoire, est-ce un investissement pertinent ?

Sécuriser, rassurer les uns, et fragiliser les autres, est-ce une politique qui assure à chacun la protection des biens et des personnes dues à tous?

Ne serait-il pas plus judicieux d’investir des sommes faramineuses dans un réel travail sur les causes profondes de la délinquance ?

Sources: Libération ; le Matin ; Le Monde Diplomatique ; Le Monde ; Gouvernement.fr ; Assemblée Nationale

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