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De la soumission à l’autorité au "jeu de la mort"

France 2 nous propose, le 17 mars prochain, un documentaire extrêmement édifiant, réalisé par Christophe Nick, intitulé "Le jeu de la mort".

Comme l’explique le l’article du journal Le Point, ce documentaire s’appuie sur les recherches du professeur Jean-Léon Beauvois, chercheur en psychologie sociale. Il reproduit l’expérience de Stanley Milgram , dans le courant des années 50-60,sur la soumission à l’autorité, mais en la transposant dans un faux jeu télévisé.

La soumission à l’autorité

Stanley Milgram, professeur de psychosociologie, a cherché à comprendre le processus qui avait amené des "monsieur tout le monde" à commettre des atrocités, pendant la seconde guerre mondiale, en obéissant aveuglément aux ordres de leur hiérarchie. Milgram, et , par la suite, un grand nombre de psychosociologues, ont multiplié les expériences, dans des conditions très précises, telles que celle que vous présente la vidéo ci-dessous.

Attention, lisez bien les conditions d’expérience, sinon, âmes sensibles s’abstenir!

Il y a 40 ans, Milgram qualifiait les résultats de ces expériences d’inattendues et d’inquiétants:

  • c’est le désir d’éviter tout conflit et de tenir la promesse faite en début d’expérience qui rendent obéissant. Aucun des participants n’avait refusé de faire souffrir quelqu’un qui ne lui avait absolument rien fait. 62 % des sujets de l’expérience l’ont mené jusqu’au bout. Seul un tiers des participants avait osé désobéir

  • l’être humain a une énorme facilité à mettre son sens critique en sommeil lorsqu’il privilégie la légitimité du donneur d’ordre.

  • moins un individu à une vue d’ensemble d’une situation, plus il s’en remet à l’autorité supérieur. Ce qui a pour effet de déresponsabiliser les exécutants et de leur permettre d’abandonner toute responsabilité personnelle. L’obéissance est fondée essentiellement sur l’abdication des valeurs morales.

C’est d’ailleurs aux mêmes conclusions qu’aboutit Hannah Arendt, dans son ouvrage intitulé Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal . Pour cette immense philosophe, il n’y a pas de monstres, mais seulement des gens qui, obéissant à leur hiérarchie, se réfugient derrière leur statut de subalternes. Leur seule faute est d’avoir obéi à une hiérarchie. Comment dès lors peuvent-ils se sentir coupable aux responsables d’ordres qui n’ont pas donné? C’est ce que la philosophe qualifiée de “banalisation du mal”.

Hannah Arendt met en évidence le processus de déresponsabilisation, de déshumanisation que, par l’idéologie la propagande et la répression, peut générer un régime totalitaire. Bien entendu cette "banalisation du mal" n’est pas une excuse et ne peut servir à disculper qui que ce soit de quelque crime que ce soit.

"Le jeu de la mort"

Le but de l’expérience proposée dans le documentaire de Christophe Nick est de vérifier si, 56 ans après la première expérience du professeur Milgram, il y a augmentation, ou pas, de l’obéissance à l’autorité, et en particulier à l’autorité d’une personne "médiatique".

A l’issue de l’expérience menée devant les caméras de Christophe Nick, on constate que :

  • La soumission à l’autorité est nettement plus importante qu’il y a 59 ans. Le taux d’obéissance, dans le cadre de ce jeu, est de 78,75% ( 61% à 66% dans les test de Milgram!)

  • La désobéissance spontanée tend à disparaître. Le taux de désobéissance est de 21,25%, alors que dans l’expérience de Milgram, il était de 34% en moyenne.

Il semblerait que le "charisme médiatique" submerge l’esprit critique et le sens moral plus que l’autorité hiérarchique.

Peut-on dès lors en conclure comme le réalisateur de ce documentaire que "La télévision est mûre pour tuer" ?
Peut-être si nous n’y prenons pas garde collectivement…et c’est probablement ce que , intuitivement, craignent tout ceux qui expriment de la méfiance vis à vis de la connivence entre les hommes et femmes politiques et les journalistes ou grand patrons de médias.

Comment résister et ne pas collaborer ?

Une des parades à l’embrigadement qui peut mener à commettre des actes monstrueux, c’est de ne pas sombrer dans la "banalité du mal", en pensant, en s’interrogeant sur soi, sur la portée morale de nos actes, sur les normes qu’on tente de nous imposer.

Cela nécessite, pour chacun d’entre nous, un développement et une plus grande vigilance de l’esprit critique , une identification des moments de notre vie où nous n’avons le choix qu’entre le courage de désobéir ou la lâcheté d’être les complices d’actes que notre morale réprouve.

Une autre parade possible est de développer ou de retrouver la faculté empathique que certains êtres humains semble avoir nettement plus perdu que de très nombreux mammifères.

A ce titre,"L’Âge de l’empathie, leçons de la nature pour une société solidaire" (éditions Les liens qui libèrent, 2010), le livre de l’éthologue Frans de Waal, dont nous parle Pierre Le Hir, dans un article du journal Le Monde, pourrait être l’occasion pour tous ceux qui croient que la société est régies par la seule sélection des individus les plus performants, de comprendre que le mieux vivre ensemble de très nombreuses sociétés passe davantage par un autre principe bien plus actif que celui de la compétition : l’empathie.

Sources: Dailymotion ; Le Point ; Le Monde ; Psychologie Sociale

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Classé dans:Comprendre, Des hommes et des femmes, , , ,

2 Responses

  1. René de Sévérac dit :

    Dégradation des « performances humaines » en 60 ans ! C’est surprenant. J’ai observé une chose surprenante avec la montée de « l’éducation » des masses (phénomène « bac+n ») : la conscience commune moutonnière.
    Analysez en particulier le sentiment qu’on vis-à-vis des chrétiens la grande masse des « moyennement éduqués » !
    Mais je n’aurai pas parié un kopeck sur les résultats affichés par cette expérience.
    Je regrette de n’avoir pas la tv.

  2. Expérience célèbre (et tragiquement révélatrice) que celle de Milgram, en effet…

    A noter que sur ce thème existe aussi le livre de Christopher Browning, « Des hommes ordinaires », dans lequel il décrit « l’aventure » d’un groupe d’Allemands ordinaires (aucunement nazis, assez imperméables à l’idéologie du parti) pendant la seconde guerre mondiale, qui vont participer au massacre par balle de plus de 35000 juifs en territoire occupé. Seuls 20% refusent d’y participer, alors même que les officiers leur avaient clairement laissé le choix…

    Sinon, je suis assez peu convaincu par votre conclusion : les hommes ne sont pas en soi des êtres moraux. Seules les relations de sociabilité et les institutions sont à même d’encadrer des comportements et des jugements qui se retrouvent fatalement corrompus une foi ces institutions perverties…
    Seule une minorité a alors la force (la vanité?) de croire que ses valeurs personnelles valent mieux que celles du groupe et/ou de la figure d’autorité.

    Tout doit donc être fait pour que l’autorité ne soit pas pervertie. Une fois qu’elle l’est, tout est perdu…

    Après, je suis certainement pessimiste 😉

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