Pour tout vous dire…

Les droits de l'homme s'arrêtent la ou commencent ceux des affaires

Qu’il devient difficile de brader le patrimoine national sans se faire prendre!

Décidément, Nicolas Sarkozy et ses amis doivent penser qu’il est devenu extrêmement difficile de brader le patrimoine national sans se faire prendre. C’est du moins ce qu’on peut conclure des dernières péripéties concernant l’avenir de l’Hôtel de la Marine, bâtiment construit au XVIIIe siècle, place de la Concorde à Paris.

Cet ancien Garde-meuble de Louis XV, installé dans un superbe hôtel particulier d’une valeur inestimable, tant sur le plan historique que sur le plan financier, est actuellement occupé par l’Etat-major de la Marine qui doit le quitter fin 2014, pour rejoindre le futur « Pentagone » de Balard, dans le XVème arrondissement.

Initialement,le gouvernement avait donné la consigne à France domaine (administration chargée de gérer le patrimoine national), en 2009, de mettre en vente ce bien national, sous le contrôle du ministère du Budget et sous la responsabilité du ministre du Budget.

Mais très vite, l’annonce de cette vente a soulevé une véritable levée de boucliers. Il faut dire qu’après la vente à perte de l’immeuble de l’Imprimerie Nationale, celle de l’hippodrome de Compiègne, certains de nos concitoyens, qui ont encore du respect pour notre Histoire Nationale et notre patrimoine commun, sont de plus en plus circonspects à l’annonce du démantèlement sans surveillance de ce qui constitue notre héritage commun.

Aujourd’hui, il n’est plus question de vendre mais de louer l’Hôtel de la Marine. Néanmoins, les conditions de cette location restent suffisamment suspectes ( Appel d’offres qui ne respecterait pas les délais et la forme propres aux appels d’offres de marché public) pour qu’à nouveau on puisse exiger que l’opération s’effectue en toute transparence et sous contrôle extrêmement tatillon.

Il suffit d’examiner le projet du grand favori de l’Etat pour cette reprise,pour faire 2 constats:

L’Etat va être perdant financièrement et en matière de patrimoine.

Les conditions de location sont particulièrement étonnantes car, de fait, elles feraient d’un simple locataire le propriétaire des lieux. Il s’agit d’un bail emphytéotique de 89 ans, qui, en principe, ouvre droit à exonération de TVA.

Le bail de location est sans retombées financières "positives" pour l’État (je gage que le montant du loyer sera aussi faible que celui que payait l’acheteur l’hippodrome de Compiègne). Il apparait même coûteux puisque, entre 2011 et 2014, il deviendra locataire des locaux qu’occupe le ministère de la Défense.

Le projet est bien loin d’être un projet de « centre mondial de la création et de la culture ».

Il propose quelques résidences d’artistes, il prévoit surtout des galeries, des marchands d’art, des fondations, des suites de grand standing pour attirer mécènes et collectionneurs. Alexandre Allard veut donc transformer l’hôtel historique de la marine en centre commercial de la culture de luxe. Il ne projette qu’une vaste opération immobilière, qui ne va créer de la valeur QUE pour les investisseurs.

On ne pouvait en attendre moins de ce promoteur immobilier, à la tête de la 135e fortune de France, ex-dirigeant de Consodata, qui s’est déjà illustré dans le rachat de l’hôtel Royal Monceau, grâce au soutien financier d’une société immobilière qatarienne, la société Barwa Real Estate.

Ce dont on peut cependant s’étonner c’est de la présence de Renaud Donnedieu de Vabres, ancien ministre de la culture ( jusqu’au 15 mai 2007) aux côtés d’Alexandre Allard.

  • Est-il normal que quelqu’un qui était encore ministre de la culture il y a quatre ans s’occupe, à titre privé, du rachat d’un immeuble dans lequel son ancien ministère a des intérêts financiers? Il me semble que la règle en matière de conflits d’intérêts prescrits une période de cinq ans dans ces cas-là.
  • Est-il normal que quelqu’un qui est suspecté d’être «la cheville ouvrière de la mise en place de commissions occultes» sur les contrats Agosta et Sawari II, ne soit pas écarté, le temps que la justice éclaircisse ces deux affaires, de toute négociation concernant les finances publiques et des biens nationaux?
  • Est-ce tout à fait normal que M. Alexandre Allard, associé financièrement à des apporteurs de fonds saoudiens et que M. Donnedieu de Vabres, qui manifestement entretient de bonnes relations «commerciales » avec des intermédiaires saoudiens, soient les porteur du projet que le ministre du Budget et le gouvernement semblent privilégier dans la vente de l’Hôtel de la Marine ?

Je ne voudrais pas me montrer trop "franchouillarde", mais tout de même, je m’interroge sur les futurs acquéreurs de ce bien national. Et surtout sur la "propreté" de l’argent qui va servir à financer le projet de M. Allard. Est-ce de l’argent propre ou bien est-ce l’argent des rétro commissions versées lors des contrats Agosta et Sawari II qui revient en France, permettant, malgré les morts de Karrachi, à certains intermédiaires de s’approprier une partie du patrimoine français ?

Alors certes, Nicolas Sarkozy a tenté de désamorcer toute cette affaire en nommant Valéry Giscard d’Estaing à la tête de la commission chargée de se pencher sur l’avenir de l’hôtel de la marine. Est ce une décision judicieuse au regard du passé de l’ancien président de la République ? Il a également repoussé la date butoir de l’appel d’offres. Mais cela n’a pas empêché le ministre du budget, probablement pressée de conclure la vente, de laisser diffuser sur Internet "des plans des installations militaires qui sont opérationnelles jusqu’en 2014" .

Nicolas Sarkozy, le gouvernement, la droite en général, depuis 10 ans, ont creusé des déficits abyssaux dans les finances publiques. Plutôt que de renflouer les caisses de l’État en supprimant des mesures fiscales, en faveur des entreprises et des grosses fortunes, qui se sont avérées inefficaces et désastreuses, Nicolas Sarkozy préfère accentuer encore le dépeçage de l’État en bradant le patrimoine national au bénéfice de ces amis. Ce faisant, non seulement il endette l’ensemble des Français (sauf ces amis, bien entendus) mais il les dépossède du patrimoine commun qui est pour bon nombre d’entre eux le seul héritage qu’ils puissent revendiquer. Patrimoine auquel la très grande majorité des Français est très attachés, Quand bien même ils comprennent qu’il soit nécessaire de réduire la dette de l’État.

Les précédents:

L’imprimerie nationale vendu pour le plus grand bénéfice du groupe Carlyle

L’hippodrome de Compiègne, la méthode et les bénéficiaires de la vente

Sources: Libération ;Le Nouvel Obs;Le Figaro ;Le Monde ;Médiapart ;Marchés publics ;Rue89 ; HRInfos; L’express ; Africk.com;IFOP

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Classé dans:Comprendre, Culture politique, Patrimoine national, Politique, , , , , ,

2 Responses

  1. […] This post was mentioned on Twitter by Eve La Fée, John Ewan , René de Cécendre, chantal rebelle, Louise de Lannoy and others. Louise de Lannoy said: Qu'il devient difficile de brader le patrimoine national sans se faire prendre! http://t.co/rKN7pR2 […]

  2. leplat dit :

    Je ne vois pas ce qu’il y a de scandaleux à ce que l’Etat fasse appel à des projets privés pour valoriser son patrimoine, surtout que l’Hôtel de la Marine est aujourd’hui fermé au public et a besoin de restauration (on parle de plus de 200 millions).

    Qu’un investisseur privé, français de surcroit ce qui se fait rare, paye un loyer (car qui peut penser que l’Etat louera gratuitement) et restaure à ses frais un monument propriété des français, quelle honte!

    On peut etre assurer que Valéry Giscard d’Estaing, qui a quitté le pouvoir quand Moubarak est monté sur le trône d’Egypte, saura trouver une solution d’avenir : faire le 56em musée parisien qui, en ces temps de déficits abyssaux des finances publiques, est certainement préférable à un projet de création de lieu de création artistique et de vitrine de l’artisanat d’art payé par le privé.

    Au pire, Jack Lang l’a déjà annoncé : on pourra y mettre le Conseil constitutionnel et le défenseur des droits. Quant on sait que le poste l’intéresse, on ne peut être qu’amusé, ou dépité, par nos politiques sans courage et sans imagination.

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