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Les droits de l'homme s'arrêtent la ou commencent ceux des affaires

L’Islande, le pays d’une autre démocratie

Il est toujours intéressant de comparer, quand on parle de Démocratie, comment, d’un pays qui se prétend démocrate à l’autre, les pratiques démocratiques divergent. Mais il est encore plus intéressant d’effectuer cette comparaison lorsque les sociétés traversent des périodes de crise, car cela permet d’évaluer comment elles utilisent les pouvoirs (c’est-à-dire la capacité d’agir) de contrôle des règles, des décisions et des moyens (financiers ou humains).

Dans un système, quel qu’il soit, une crise se manifeste par une rupture, un dysfonctionnement. Elle entraîne un désordre. Désordre qui, dans une société humaine, peut générer une perte de confiance dans l’ensemble du système.

Selon le type de Démocratie pratiquée par les états, les conséquences du désordre peuvent être plus ou moins graves pour l’avenir des citoyens. Elles peuvent aller du renfermement sur soi, tels que le prône actuellement les partis d’extrême droite – qui ne remettent toutefois pas en cause le libéralisme en tant que doctrine économique – à ce que d’aucuns appellent l’anarchie, faisant ainsi une confusion déplorable avec l’anomie  (la désintégration des règles et des normes qui régissent la conduite des hommes et assurent l’ordre social) .

Notons, dès à présent, que les tenants de la doctrine ultralibérale – qui prône, depuis une trentaine d’années, le libre-échange sans contrôle des Etats, la limitation des obligations sociales au profit du libre choix des entreprises, tout en acceptant que les états viennent à leur secours en cas de difficultés – pratiquent une forme d’anomie particulièrement hypocrite et dangereuse.

  • Dangereuse pour le fonctionnement d’une société qui serait obligée, comme cela a été fait depuis 2007, d’engager des sommes phénoménales pour sauver de la faillite des banques et des entreprises qui n’entendent pas, lorsqu’elles sont florissantes, rétrocéder aux mêmes sociétés une partie de leurs bénéfices.
  • Dangereuse parce que l’aide à ces entreprises se fait au détriment de la mission première de l’État qui est , notamment en France, “d’assurer à l’individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement” . Ainsi, en France, depuis 2008, des pans entiers du système social qui permettait à la nation d’assurer cette mission prioritaire ont été négligé voire même supprimés.
  • Dangereuse également par ce que les états qui sont obligés de se porter caution réduisent leur rôle social à celui de partenaire économique, abandonnant ainsi des pans entiers de pouvoir sans pour autant augmenter leur capacité de contrôle.
  • Dangereuse enfin pour le fonctionnement démocratique d’une société.

Mais, sur ce point il faudrait prendre conscience du type de Démocratie que pratique un état français depuis bon nombre d’années. Et le constat est plutôt dur.

Nous sommes très éloignés, comme l’a souligné Ségolène Royal, d’une démocratie participative, mais bien plus proche d’une démocratie élitiste voire même, comme l’a très bien dit Jean-Luc Mélenchon, d’une oligarchie  – c’est-à-dire d’un gouvernement exercé par une caste de personnes influentes ou puissantes (financièrement ou économiquement), dans leurs seuls intérêts et en imposant leurs décisions à l’ensemble des citoyens – devenant ainsi un régime qui vise à maintenir les privilèges des plus riches citoyens au détriment de la grande majorité des autres.

Ségolène Royal et Jean-Luc Mélenchon ne font que constater qu’en France, la Démocratie – c’est-à-dire le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple – a été dévoyée.

Et ce constat lucide, que chaque citoyen peut facilement faire, leur vaut régulièrement de la part de ceux-là mêmes qui font parti de cette oligarchie, d’être voué aux gémonies. Cela leur vaut d’être traité de “populiste” par ses oligarques qui ne pratiquent le pouvoir qu’entre personnes cooptées , non élues démocratiquement, qui ne prennent des décisions qu’en recherchant leur intérêt personnel ou celui de leur caste  et non l’intérêt commun. Ça en serait comique si la situation n’était pas si grave et ces propos n’étaient injurieux pour l’intelligence des Français…

En cela, la politique économique, social, mise en place par la majorité présidentielle française depuis le mois de juin 2008  pour tenter de réguler les dégâts de la crise économique déclenchée par la cupidité des banquiers- y compris des banquiers français-  concoure a donner raison à Ségolène Royal et Jean-Luc Mélenchon.

Il suffit d’observer la façon dont la majorité présidentielle a utilisé le pouvoir institutionnel sans, à aucun moment, consulter le peuple, ou ses représentants, sur l’opportunité des décisions qu’il devait prendre. Pourtant, la crise économique qui a éclaté à l’automne 2008 a été une crise brutale dont une très large majorité des Français payent les conséquences et payera encore pendant deux à trois générations. N’était-ce pas là le type de décision que, dans une démocratie qui se respecte, on se devait de soumettre à la volonté du peuple ?

Au-delà même de l’aspect économique de cette décision, il y a un aspect moral qui, de mon point de vue, nécessitait absolument qu’un référendum soit proposé au peuple français. Parce que tout simplement à un moment où les législateurs de la majorité présidentielle restreignent de plus en plus le droit à l’erreur du citoyen lambda, où les employeurs licencient le salarié qui fait une erreur infime, il y aurait une certaine amoralité a accepter que certains citoyens bénéficient d’une tolérance plus large.

Un aspect de morale et de justice également, par ce que, comme de très nombreux commentateurs l’ont souligné, il s’agissait ni plus ni moins de valider une aide à des spéculateurs qui, en étant tout à fait conscient des risques qu’ils faisaient courir à des milliards d’individus, prétendaient – alors qu’ils réclament à tout bout de champ le droit à leurs libertés d’expression ou d’entreprendre, même si pour cela ils empiètent sur la liberté des autres – que la communauté leur vienne en aide en épongeant les dettes qu’ils avaient fait de façon inconsidérée. Est-ce juste d’aider quelqu’un qui en toute connaissance de cause met en danger des innocents ?

C’est en quelque sorte à toutes ces questions qu’implicitement un référendum aurait pu apporter des réponses. Mais le gouvernement français ne voulait probablement pas les entendre… Il ne voulait probablement pas demander aux Français: « doit-on rembourser la dette des banques privées ? »

  • Probablement parce qu’en bon défenseur de la doctrine ultralibérale qui se respecte, les membres de la majorité présidentielle pensent que les décisions, que le pouvoir, n’appartiennent plus au peuple mais à ceux qui détiennent l’argent et l’appareil de production… Et qu’à ce titre la décision ne devrait, ne pouvait que se prendre que dans le petit cercle des décideurs mondiaux, quand bien même ils étaient eux-mêmes coupables de la série de fautes qui ont provoqué la crise économique de 2008.
  • Probablement parce que pour rendre aux citoyens français un tel pouvoir de décision:
    -il faudrait qu’en France nous soyons en Démocratie.
    -Il faudrait qu’en France nos décideurs politiques n’interprètent pas le mandat représentatif comme un blanc-seing et le peuple citoyen comme une bande d’incapables tout juste bon à glisser un bulletin dans l’urne tous les cinq ans…sévèrement encadrés par les organismes de sondages.
    -Il faudrait qu’en France nos décideurs politiques ne considèrent pas qu’ils sont les seuls, parmi les citoyens français, à comprendre la complexité du système dans lequel nous évoluons.
    -Il faudrait enfin, qu’en France, nos décideurs politiques réalisent que si le système économique français fonctionne, si le système social français fonctionne, ça n’est pas grâce à eux mais bien grâce à 60 millions de Français qui, par leur travail, par les compétences professionnelles qu’ils ont acquises et mettent en oeuvre, permettent à l’économie de fonctionner, et également à l’État d’exister.

Pourtant, un petit pays, l’Islande- que nos oligarques se gardent bien de nous donner en exemple- n’a pas hésité, par deux fois, alors que l’une de ses banques privées sollicitait les aides de l’État en accord avec le Parlement, à soumettre la décision  à référendum.

Référendum auquel par deux fois, les Islandais ont massivement répondu « non » . Ainsi donc, les Islandais n’auront pas à assumer les 4 milliards d’euros de dettes que représente les pertes de la banque privée Icesave . Ils ont refusé de payer avec l’argent public, puisque rien ne les y oblige, les dettes contractées par un des fleurons du libéralisme mortifère qui dévaste le monde : une banque privée.

En termes de Démocratie, l’Islande n’est pas en reste, car, alors qu’elle est obligée de construire une nouvelle Constitution Nationale si elle veut intégrer l’Union Européenne, elle a eu recours à la souveraineté populaire en créant une assemblée constituante composée de 25 citoyens non parlementaires. Ces citoyens devront proposer avant l’été prochain un projet de constitution complet qui sera soumis à référendum en 2012.

Vous me direz qu’en France aussi au fait des référendums, mais en France aussi nos oligarques, quand à l’occasion d’un référendum nous refusons massivement un projet de traité constitutionnel européen  , manœuvrent pour que de toute façon ce soit leur choix qui prévale . On s’étonnera après que certains citoyens français se jettent dans les bras des extrémistes de droite, oubliant de voir que leur discours et d’une démagogie éhontée, qu’ils utilisent les mêmes méthodes d’enfumage que la majorité présidentielle en les poussant à la xénophobie et que leur doctrine économique est tout autant libérale que celle des partis de la droite et du centre français…

Une démocratie participative qui associe directement les citoyens aux choix qui les concernent, un recours au référendum pour prendre des décisions qui engagent lourdement les citoyens et leurs descendants, voilà un bel exemple que nous donne l’Islande qui décidément est bien le pays d’une autre démocratie.

Mais force est de constater qu’en France, cet exemple la, ni les médias ni le personnel politique ne nous le donne à connaître.

Il doit leur faire aussi peur qu’un flacon de Marie-Rose effraye une colonie de poux…

Sources : La Toupie ; Assemblée Nationale ; les éditions du seuil ; intox2007 ; politique actu ; Vie Publique; le Nouvel Obs ; Désirs d’avenir

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Classé dans:Citoyens, Comprendre, Culture politique, Politique, , , , , , , ,

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