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Primaire socialiste : Débat or not débat telle est la question!

Un mois après le lancement de la campagne officielle de la primaire socialiste, il semble que si un programme a pu être élaboré, il reste encore énormément de questions qui se posent, notamment celle de débats télévisés entre les différents candidats à cette primaire socialiste.
Il y a quelques mois, les partisans de Dominique Strauss-Kahn ne voulaient pas de débat lors de la primaire socialiste , ce qui en dit long sur leur façon de concevoir une élection démocratique, et sur leur absence totale de volonté d’établir en France une démocratie réellement participative.
Mi juin, le conseil politique du parti socialiste a longuement hésité à accepter que des débats aient lieu pendant la primaire de cet automne.
Mi juillet, malgré les hésitations des uns et des autres, le patron par intérim du parti socialiste, Harlem Désir – désigné en contravention totale des statuts du parti socialiste – a déclaré que les débats télévisés entre les candidats à la primaire aurait bien lieu. Ce qui a donné l’occasion à Olivier Ferrand de proposer de co-animer ces débats en collaboration avec le Nouvel Observateur . ( compte tenu de la tendance "ultra libérale socialiste" et de leurs soutiens affichés à certains candidats, cette déclaration interpelle sur l’objectivité des animateurs…).
Le 25 juillet, Harlem Désir a apporté quelques précisions sur les différents débats qui auraient lieu . Et par la même, il nous a livré une conception du débat démocratique qui fleure bon le dirigisme.

"rien ne doit être fait dans ces débats qui puisse diviser, opposer les socialistes entre eux. C’est un débat qui permet aux citoyens de participer à un choix, pas un affrontement."

Le débat "doit mettre en valeur les personnalités, leurs parcours, leur façon d’incarner et de porter le projet de changement" mais il y a une "priorité, parler au pays des propositions"

Ce qui est extrêmement fatigant et inquiétant chez les dirigeants du parti socialiste, c’est leur fâcheuse tendance à remettre en question les textes votés par les militants, à être dans le déni des différences, et à refuser aux électeurs la possibilité de bénéficier d’informations leur permettant d’élaborer un choix fondé non sur la propagande mais sur leur propre réflexion.

Si on peut concevoir, sans s’offusquer, que lors de l’université de La Rochelle du 26 au 28 août, le parti socialiste tienne à maîtriser les contenus des différents débats au cours desquelles les candidats échangeront avec les militants socialistes, il est bien plus inquiétant de constater que la principale préoccupation du représentant du parti socialiste demeure de "parler au pays des propositions". C’est confondre campagne pour la désignation d’un candidat de la Gauche à l’élection présidentielle et campagne pour l’élection présidentielle.

En effet, si le processus de la primaire se déroule tel qu’il a été accepté par les militants socialistes, ce n’est qu’en novembre que le projet, les propositions définitives, seront connus. Les propositions actuelles ne sont qu’un socle qui devra être enrichi lors des rencontres entre chaque candidat et les électeurs de la primaire, donnant ainsi naissance au projet définitif du parti socialiste et permettant, in fine, dit hier non seulement un candidat mais aussi un programme.

Il ne me semble pas que les débats réclamés, entre autre, par Ségolène Royal et Arnaud Montebourg aient pour but de vendre les propositions du PS, mais bien de permettre à chaque candidat de préciser comment il entend les mettre en oeuvre, les priorités qu’il donnera à chacune d’entre elles, les moyens qu’il utilisera et cela pour qu’on puisse le distinguer des autres candidats.

Pensant probablement utiliser comme atout de campagne la capacité supposée de sa première secrétaire à réunir son parti ( ce qui la placerait “d’office” comme un véritable leader « naturel »), ses soutiens disent craindre officiellement que ces débats donnent lieu à des joutes verbales très éloignées du fond du programme socialiste. Officieusement, je crois surtout qu’ils craignent que les différences fondamentales que chacun d’entre nous peut constater entre les candidats apparaissent trop clairement. Et ce, au détriment de la première secrétaire du parti socialiste, qui ne semble pas très à l’aise avec les médias. De la à vouloir éviter les débats télévisés pour ne pas désavantager la première secrétaire…

Le programme socialiste pour élection présidentielle de 2012, si il présente l’avantage d’être consensuel, présente l’inconvénient de rester très flou sur certains points clé qui constituent autant de différences importantes entre chaque candidat. Malheureusement pour le Parti Socialiste, c’est précisément sur ces différences que portent les attentes des électeurs et sympathisants de toute la gauche. Prétendre organiser une primaire ouverte à tous en présentant des candidats qui n’auraient aucune différence de projets seraient inexorablement vouer cette primaire à l’échec.

Il ne sert à rien, comme le fait que Claude Bartolone  de prétendre:

« Il y a peu de différences idéologiques entre les candidats. Du coup, chacun chercherait à se démarquer sur la forme, plus que sur le fond. »

Des différences idéologiques il y en a et il est important pour les électeurs que chaque candidat s’exprime sur ces différences. Car si les apparatchiks du parti socialiste veulent nous fourrer dans la tête qu’elles n’existent pas, il est grand temps qu’ils comprennent que les électeurs de gauche les perçoivent parfaitement (notamment sur: le nucléaire, la retraite à 60 ans, l’emploi des jeunes, le pouvoir d’achat,  le déficit , la mondialisation , le mode de gouvernance , l’ immigration , le budget de la culture , etc..). Il est grand temps qu’ils comprennent également que cette négation/minimisation des différences entre les candidats pourraient bien être perçues comme une insulte à l’intelligence des électeurs. Que diable, le Parti Socialiste craindrait il que ces candidats à la primaire ne laissent filtrer de façon trop apparente que leurs visions du Socialisme divergent ?

A trop vouloir faire croire aux électeurs que depuis l’arrivée de Martine Aubry les multiples courants qui traverse le parti socialiste depuis des décennies n’en forme plus qu’un (dont le seul objectif est de la faire élire ?), le PS risque fort de nous imposer des débats insipides, inintéressant et vide de sens.

En effet un débat se définissant comme une discussion sur un sujet, précis ou de fond, à laquelle prennent part des individus ayant des avis, idées, réflexions ou opinions divergentes pour le sujet considéré , il entraine nécessairement des confrontations d’idées et un affrontement entre les "débatteurs".C’est cette confrontation qui permettra au spectateur de trouver des points discriminants entre les protagonistes, d’élaborer sa propre idée et de faire son choix .

Dans ce sens, Harlem Désir n’a pas tout à fait compris les attentes des des électeurs de gauche en matière de débats lorsqu’il précise  " il y a une "priorité, parler au pays des propositions" . En confondant débat pour le primaire socialiste et débats pour l’élection présidentielle, débat d’idées et campagne de propagande pour recruter des supporters, il va à l’encontre de l’intérêt de la Gauche et renforce le sentiment que le Parti Socialiste est totalement déconnecté des besoins et attentes du pays.  Il ne reste plus qu’à espérer que les candidats auront assez de poids au sein des instances du PS pour qu’avant l’automne, cette confusion de mauvais goût soit levée.

En conclusion, limiter le débat à des rencontres entre les candidats et les militants socialistes lors de l’université de la Rochelle, serait faire preuve d’un esprit de clan préjudiciable par la suite, non seulement à l’élection primaire mais également à l’élection présidentielle et aux législatives. Oublier que ce ne sont pas seulement les militants socialistes qui votent lors de cette élection primaire, serait une grave erreur.

Vouloir faire d’éventuels débats télévisés une plate-forme de propagande serait faire preuve d’un mépris des attentes des électeurs qui ne présagerait rien de bon pour la suite des évènements. De même que ne pas vouloir participer à des débats, qui permettraient aux électeurs de mieux élaborer leur choix de vote, seraient faire preuve d’une absence totale de conscience démocratique.

Accepter que ces débats soient animés par des personnes dont les convictions politiques penchent très nettement vers un des candidats serait une injure irréparable, non seulement aux autres candidats mais également aux électeurs qui ont droit à des animateurs impartiaux. Ce serait également montrer à l’ensemble de nos concitoyens que dans ce domaine, le Parti Socialiste ne vaut guère mieux que la droite présidentielle.

J’engage donc les réfractaires actuelles et ceux qui tentent de dévoyer le fond de ces débats, à méditer sur cette phrase de Louis Blanc :

" Ce qui effraie le plus dans les partis, ce n’est pas ce qu’ils disent, c’est ce qu’ils négligent ou refusent de dire "

Sources : Jean-Marc Morandini ; Google ; Le Point ; Le Monde ; promesses d’avenir 49 ; Rue 89 ; le JDD ; Libération ; le Figaro ; Wikipédia ; Hyper débat

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Classé dans:Citoyens, Comprendre, Elections présidentielles:Primaires à Gauche, Parti Socialiste, , , , , , , , ,

One Response

  1. almaviva dit :

    tout à fait d’accord avec cette analyse :le problème sera de trouver des animateurs impartiaux mais ce sera le seul moyen de départager les candidats dans cette circonstance si importante pour notre avenir

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