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Les droits de l'homme s'arrêtent la ou commencent ceux des affaires

Gauche de rustine ou gauche de changement?

À l’issue des trois débats télévisés de la primaire socialiste et du visionnage de quelques meeting de campagne, la question qui se pose est avant tout de savoir si le plus grand nombre des électeurs a été suffisamment convaincu que la gauche française et notamment le parti socialiste est la seule force politique légitime pour mener le changement radical auquel aspire les Français.

Les propositions qui ont été faites, lors de ces trois débats, sont-elles suffisamment crédibles pour mobiliser les électeurs et les amener à voter  massivement pour le ou la candidate de gauche, lors de l’élection présidentielle et des élections législatives de 2012?

La question qui se pose aussi à moi est de savoir qui, parmi les six candidats à la primaire, partage le diagnostic de la situation de la France que je fais depuis plus de 10 ans, qui propose des solutions les plus proches de celles que je souhaite voir mettre en place et qui est le plus apte à me représenter, à me mobiliser activement pour la campagne présidentielle.

Dans l’état actuel de la société française, après la désastreuse expérience  de gouvernance ultralibérale Nicolas Sarkozy et de sa majorité présidentielle, les promesses qu’on ne tient pas  pour cause de crise ou de désaccord avec les pays de l’union européenne ne feront pas long feu.

Avec un tiers de la population active menacée de chômage, avec un tiers de la population qui renonce à se soigner par manque de moyens financiers, avec une paupérisation sans cesse croissante des classes moyennes et ouvrières  , la régression sociale  pèse lourdement sur un très grand nombre de Français.

Tous ont bien conscience qu’une caste de privilégiés est en train de se livrer à un pillage éhonté des finances publiques et des biens de la nation.

Tous ont conscience que ceci n’est possible que parce que l’élite économique, médiatique et politique du pays est dominée- soumise- par une idéologie libérale qui n’a pour but que d’enrichir une infime partie de la population sur le dos du plus grand nombre  . Si, il y a une vingtaine d’années, une part non négligeable de la population avait très bien compris ce que cette idéologie libéral pourrait lui permettre en matière d’ascension sociale , à l’heure actuelle elle ne peut que constater que c’est à son tour d’être sacrifiée sur l’autel de l’enrichissement de la classe dirigeante.

Il semble donc que le plus grand nombre de citoyens français ont atteint un excellent niveau de compréhension des effets et des causes du pourrissement du système économique et social . La brutale accélération de la dégradation du système de "vivre ensemble" qui est désormais diagnostiquée, analysée, comprise par une grande majorité de Français. Il est de plus en plus clair qu’après le temps de la compréhension du phénomène, nous arrivons à une période de réaction à ses effets. Cette réaction peut se manifester par des émeutes, par une très forte résistance au changement – qui se concrétisera par un vote pour le Front National – ou par une attente forte vis-à-vis du personnel politique de gauche de conduire à un changement radical de la situation économique et sociale en France. 

Changement dans la façon de concevoir la politique, de concevoir le rôle de l’État, de concevoir la gouvernance et le pouvoir de l’État vis-à-vis des pouvoirs économiques et financiers, de concevoir le rôle protecteur de l’État vis-à-vis des citoyens dans le rapport de forces qui les confrontent aux puissances économiques, financières et patronales. Autant d’attente de changement de la part de très nombreux citoyens français.

C’est donc à travers cette attente de changement systémique , qui ressort de différentes enquêtes et de mes propres attentes,  que j’ai abordé le troisième débat de la primaire.

Le point positif de ces trois débats c’est que les candidats semblent avoir compris que pour gagner les deux échéances électorales à venir il ne suffira pas de faire de l’anti sarkozysme primaire . Il ne suffira pas, non plus, d’agiter la peur d’une victoire du Front National, en s’appuyant sur des sondages alarmistes.

Pour ce qui me concerne, le bilan que je peux faire aujourd’hui, c’est que de toute évidence, parmi les six candidats à la primaire socialiste, nous avons deux groupes distincts qui se positionnent de façon différente par rapport à la problématique du changement :

Les poseurs de rustines

Le premier groupe constitué par Jean-Michel Baylet, Manuel Valls et François Hollande n’a jamais, au cours des trois débats ou de leurs meetings, remis en question l’idéologie libérale dominante. Les trois candidats semblent regretter les effets de la mise en oeuvre de cette idéologie, mais je ne ne les ai pas entendus remettre en cause le libéralisme économique tel qu’il se pratique actuellement.

À ce titre, on pourrait les qualifier de passifs . Leurs propositions consistent le plus souvent à amortir les effets du libéralisme, en posant quelques rustines de taille imprécises sur les trous qu’ils ont repérés, mais pas à mettre en place un système économique social et politique différent. Ils n’ont absolument pas compris ou accepté la nécessité, pour le plus grand nombre de leurs concitoyens, d’un changement radical d’orientation politique et économique. Ils condescendent tous les trois -du bout des lèvres et sous certaines conditions- à en réguler les pratiques les plus brutales. Ils sont , dans leur vision de l’État, sur un axe de soumission aux lois du marché. À noter qu’aucun des trois candidats n’emploie fréquemment le terme de changement.

Ce groupe attirera probablement des électeurs des classes moyennes aisées, qui sont actuellement peu impactées par la crise économique mais suffisamment choquée par la brutalité du mode de gouvernance de la majorité présidentielle pour ne pas vouloir voter pour le prochain candidat représentant la droite. Par contre, l’électorat de gauche (gauche du parti socialiste, Parti de Gauche, certains écologistes, LO, etc.) ne peut trouver ces candidats légitimes pour mener un véritable changement.

La gauche de changement

Le second groupe, constitué par Ségolène Royal, Arnaud Montebourg et, sur certains sujets, par Martine Aubry, remet en question l’idéologie libérale et la toute-puissance de l’économie, voire même l’ingérence de cette dernière dans les domaines les plus privées de la vie des individus.Ce groupe semble plus apte à mobiliser les électeurs qui aspirent à un véritable changement. Quand bien même ces trois candidats ne sont pas notoirement des "révolutionnaires", ils entendent remettre l’État au pouvoir et lui redonner une capacité d’intervention et de régulation que 30 ans de laxisme politique ont totalement annihilée.

À ce titre, on pourrait qualifier ces candidats de proactifs. Les solutions qu’ils proposent visent toutes à mettre en place un système socio-économique différent du système dominant actuel. On note toutefois des différences importantes entre chacun des candidats. Elles portent essentiellement sur la rapidité et la profondeur ( radicalité?) du changement (VIe république, participation citoyenne, interventionnisme d’État, etc. ) qu’ils envisagent et de la place qui doit être donnée aux citoyens dans la mise en oeuvre du changement.

Néanmoins ils ont compris la nécessité d’un changement d’orientation politique, social et économique. Ils entendent faire de l’économie un moyen mis à la disposition de l’humain et inverser, ainsi, le processus actuel qui tend à mettre l’humain à la disposition de l’économie et de ses institutions (marché, banques, entreprises, etc.).

Ce groupe peut attirer les électeurs des classes moyennes qui commencent à être impactées par la crise économique et sociale. Il peut également attirer les électeurs qui ressentent le besoin d’un État fort, protecteur, actif et non soumis. Il est fort probable que l’électorat de gauche aura moins de mal à se rassembler derrière ce groupe de candidats, au moment des élections, que derrière les candidats du premier groupe.

L’attente des électeurs porte donc sur un changement du système économique, social et politique et si la gauche française veut remporter l’élection présidentielle de 2012, il est indispensable qu’elle montre, clairement et sans ambigüité:

  • qu’elle a compris la nécessité de changer, en énonçant clairement un diagnostic de la situation
  • qu’elle est d’accord avec l’objectif économique, social et politique du changement,
  • qu’elle est capable de mener ce changement, en un mot qu’elle est la seule force politique légitime pour mener ce changement.

Ça n’est qu’à ce prix là qu’elle obtiendra la confiance du plus grand nombre des Français.

À ce stade, il me paraît évident que le premier groupe de candidats ne correspond pas du tout à ces exigences. Je l’élimine donc. Reste à faire un tri entre les trois candidats du second groupe.

Pour que je leur fasse confiance, il est indispensable que dans leur discours je trouve des réponses aux questions suivantes :

  • Pourquoi changer ?
  • Qu’est-ce qui doit changer ?
  • Comment allons-nous nous y prendre pour changer ?
  • Comment allons-nous faire face aux résistances au changement qui tenteront de faire obstacle à l’atteinte de notre objectif de changement ?

Il est remarquable que seule Ségolène Royal, sur l’ensemble des thèmes qu’elle aborde tout au long de sa campagne pour la primaire, dans ses interventions médiatiques ou lors des meetings, répond chaque fois à ces quatre questions. Arnaud Montebourg et moins systématique. Il oublie parfois, notamment sur son projet de VIe république, d’être plus explicite, plus accessible. Martine Aubry n’est pas rompue à cette discipline et a un peu trop tendance à faire appel à l’affect plutôt qu’à une explication rationnelle. Cela peut lui jouer des tours, notamment lorsqu’elle parle de justice, quand on garde en mémoire le fait que elle n’a pas hésité à négliger la relaxe de Georges Frêche sur les accusations de racisme ou qu’elle qu’elle a pris le parti de Guerini contre Arnaud Montebourg en refusant d’examiner les preuves qu’il avait joint à son enquête.

Il est important, pour convaincre le plus grand nombre de Français de la capacité de la gauche à conduire le changement auquel ils aspirent , que les leaders politiques fassent preuve de qualités qui motivent profondément les Français à être acteur du changement.

En particulier il est indispensable que les candidats ne se montrent ni méprisants ni imprécis et qu’ils fassent preuve d’une volonté réelle de confiance dans la capacité des citoyens à participer à la recherche de solutions. Cela implique nécessairement que les candidats doivent maîtriser parfaitement une grande capacité d’écoute, de clarification des inconnus, d’intégration active des citoyens dans le processus de changement  , de mise en lumière de la pertinence du changement par l’explication  , sans méthode Coué, langue de bois, propagande ou prosélytisme. Ce sont les seuls comportements qui convaincront les électeurs de la pertinence du projet de changement .

Il est également indispensable que les candidats pour l’élection présidentielle soient des personnes reconnues, pour: leur expérience de terrain, leur ténacité à prendre en compte l’avis des citoyens et à élever de véritables contre-pouvoir à la toute puissance de l’argent  , leurs prises de positions et leurs actions antérieures sur des sujets où des problèmes ayant trait aux préoccupations des Français (le chômage , l’emploi ,la santé et la qualité des soins , le pouvoir d’achat  ), identifiées comme des personnes honnêtes et légitimes pour piloter le processus de changement.

Martine Aubry, qui s’appuie essentiellement sur son réseau d’élus locaux et son état-major du parti socialiste, ne fait pas preuve d’une grande capacité à prendre en compte l’avis des citoyens, à les intégrer dans la discussion sur la recherche de solutions. Je n’ai pas non plus connaissance d’une quelconque mise en œuvre d’un processus participatif de la part d’Arnaud Montebourg. Dès lors, je m’interroge sur leur capacité à générer une prise en charge de certaines actions de changement par les citoyens. Le peu que j’ai lu sur le projet de VIe république d’Arnaud Montebourg ne dénote pas, non plus, d’une volonté d’établir une république dans laquelle les citoyens se verraient réinvestis de pouvoirs de contrôle, de suggestions, etc.

Au final, Arnaud Montebourg et Martine Aubry, s’ils ont compris la nécessité d’un changement radical des axes économiques, sociaux et politiques de notre société, et semblent adhérer à cette idée, ne semblent pas avoir passé le cap du diagnostic pour en arriver à des propositions de solutions concrètes et détaillées.

Compte tenu de la situation actuelle et de la nécessité qu’il va y avoir, dès le lendemain de l’élection présidentielle, de mettre en place très rapidement des mesures législatives et règlementaires drastiques, cette impréparation pourrait être préjudiciable à la mise en œuvre du changement attendu par les Français.

C’est pourquoi, j’ai décidé de soutenir Ségolène Royal qui me semble bien plus prête à l’action volontariste, immédiate ( parce que concertée et préparée avec les citoyens français).

De fait, elle est la seule à pouvoir très vite générer une dynamique de changement en s’appuyant sur la base de la pyramide sociale française. Indépendante et soumise à aucun lobby ni à aucun appareil politique, elle est la plus à même de réaliser le rassemblement nécessaire à une œuvre commune car elle ne devra pas, en même temps qu’elle négocie avec d’autres forces politiques, préserver les intérêts de son parti politique.

Elle saura être intransigeante quand il le faut et faire preuve de beaucoup moins de complaisance vis-à-vis de ceux qui feront de la résistance au changement et de ceux qui ont annexé les pouvoirs de l’État.

Elle est, de loin, la candidate la mieux préparée à exercer une gouvernance de l’État et à apporter des solutions rapides et efficaces, grâce à l’expérimentation qu’elle a pu mener dans la région qu’elle préside.

Si, comme moi, vous voulez une présidente la république entièrement engagée dans le projet de changement socio-économique et politique de la nation française, créative, pragmatique, à l’écoute des Français, prête à partager le pouvoir avec les citoyens – et non à l’annexer au profit d’un clan- parfaitement préparée à piloter les changements nécessaires pour que nous puissions tous connaître un meilleur présent et un avenir florissant, je vous engage à aller voter massivement pour Ségolène Royal !

Sources : la Dépêche ; Sarkofrance ; Libération ; Politis; le Monde ; le Nouvel Obs ; Blog de campagne de Ségolène Royal ; la Tribune; Sondages en France

Classé dans:Citoyens, Comprendre, Des hommes et des femmes, Parti Socialiste, Présidentielles 2012, , , , , , , , ,

2 Responses

  1. melclalex dit :

    Chère Louise,

    Je cite « ne semblent pas avoir passé le cap du diagnostic pour en arriver à des propositions de solutions concrètes et détaillées. » en parlant notamment de Montebourg

    C’est amusant, à l’évidence tu as probablement loupé quelque chose

    A bientôt

    • Chez Louise dit :

      J’ai certainement loupé quelque chose mais ça n’est pas faute d’avoir beaucoup cherché depuis des semaines. Le PB c’est que les électeurs n’ont pas tous le temps de chercher eux….Donc imagine si moi j’ai loupé quelque chose, qu’est-ce que ça doit être pour les millions de gens qui n’ont pas le temps de chercher !
      C’est probablement là que le bas blesse chez Montebourg. Il n’a pas su se mettre à la porté des électeurs, de leurs contraintes et façon de se renseigner. Ca dénote plusieurs chose, notamment le fait qu’il n’est pas encore assez proche des préoccupations, non pas politique, mais pragmatiques , de ses concitoyens. Ca dénote surtout que même si il a de bonnes idées, il ne ait pas encore très bien les décliner en actions, simples, claires et pouvant être mises en oeuvre très vite. Car comme je le dis, il va falloir que dès le lendemain des élections l’ACTION commence. Et pour qu’elle commence vite et bien, il faut qu’elle soit déjà organisée, programmée , évaluée, dès aujourd’hui.
      Cette impression d’impréparation, dis toi bien que les électeurs la ressente fortement. Encore plus fortement quand leurs attentes sont fortes et cillées sur des points forts de leurs vie quotidienne. Chez un vieux politicard comme Hollande, ils vont constater cette impréparation, mais vont se dire que comme il maîtrise bien le jeu politique, il a du monde qui bosse pour lui et prépare le boulot. C’est d’ailleurs pour ça qu’il joué énormément sur ses soutiens politiques. Il espère probablement qu’ils seront perçus comme des experts suffisamment aguerris pour pouvoir agir vite et efficacement.
      Malheureusement Arnault Montebourg, Ségolène Royal ne bénéficient pas de cette image « d’équipe politique ». D’où l’obligation pour eux, de MONTRER qu’ils sont près à agir le jour J, parce que leurs actions sont préparées dans les moindres détails.
      Voilà, dis toi bien que je suis navrée d’avoir à dire ça, parce que j’aime bien Montebourg. Mais le contexte économique et social de la France est tellement dégradé que les électeurs comme moi vont vouloir du précis, du net, de l’efficace.
      A bientôt

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