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Les droits de l'homme s'arrêtent la ou commencent ceux des affaires

Voter Dominique Strauss-Kahn, pas ce soir, j’ai la migraine !

Le microcosme médiatico-politique vibre d’espoir, de supputations. Certains journalistes et blogueurs se transforment en « liseuse de la boule de cristal ayant la foi du charbonnier »…

Tout ça pourquoi ?

Tout simplement parce que, depuis hier, le bruit circule que Dominique Strauss-Kahn, va probablement parler dimanche, lors du journal télévisé de France 2. Il me semble que Dominique Strauss-Kahn n’étant pas muet, il parle tous les jours, à de nombreuses occasions et dans de très nombreux médias. Ça n’est donc pas le fait qu’il parle qui met en ébullition tous ses fans. Ce doit être l’espoir qu’enfin il se décide à annoncer, à l’occasion d’une question subtile de Laurent Delahousse, qu’il présente sa candidature aux prochaines élections présidentielles françaises de 2012. Car, à observer les réactions des uns et des autres, nul doute qu’aucun ne pense un seul instant qu’il puisse choisir de ne pas répondre, comme il le fait depuis bientôt un an, ou déclarer qu’il ne sera pas candidat.

Et pourtant, c’est oublier que si Dominique Strauss-Kahn est en France le prochain week-end, c’est en tant que patron du fonds monétaire international et qu’à ce titre, il participe à une réunion des ministres des finances du G. 20. Il ne vient donc pas en France pour y faire une déclaration sur sa candidature mais dans le cadre de sa fonction au FMI. Ce qui justifie tout à fait qu’il puisse intervenir à la télévision française, sans déroger à son obligation de réserve sur la politique française. De même que répondre aux réagir aux nombreuses attaques personnelles dont il a été la cible depuis le week-end dernier , ne saurait en aucun cas être considéré par les instances du FMI comme un manquement à ses obligations de réserve sur la politique française. Le FMI sait tout de même faire la différence entre la Politique d’un pays et les politiciens de ce dernier. Mais pour le reste, une déclaration de candidature, un commentaire politique sur la situation sociale et morale de la France, je pense qu’il ne faut pas y compter.

D’abord parce que Dominique Strauss-Kahn, lorsqu’il a été nommé à la tête du FMI en 2007, s’est formellement engagé à mener à bien des réformes au sein du FMI, insistant sur la responsabilité qu’il prenait. Ces réformes n’étant pas terminées, loin de là, il serait très malvenu, pour quelqu’un qui prétend assumer la responsabilité de la présidence de la république française, de manquer à sa parole. Cela aurait un très mauvais effet vis-à-vis des puissances étrangères et sur l’intérieur.

Je crois aussi que si Dominique Strauss-Kahn tergiverse autant pour se décider à annoncer sa candidature, c’est parce qu’il n’a pas de programme réellement socialiste a présenter aux électeurs. Il a donc tout intérêt à se déclarer candidat le plus tard possible, afin que le moins de monde possible ait le temps, avant le scrutin de 2012, d’analyser, de comprendre, d’évaluer le programme qu’il pourrait présenter et de se rendre compte éventuellement qu’il a très peu à voir avec les attentes d’une gauche « pure et dure ».

Mais, me direz-vous il y a les déclarations d’Anne Sinclair, et de tant d’autres proches de Dominique Strauss-Kahn, qui font planer le doute sur sa possible candidature.

Je sais, certains envisagent même qu’au détour d’une question sur cette déclaration, Dominique Strauss-Kahn laissera échapper une de ces phrases sibyllines qu’il manie si bien, laissant entendre que, oui il pourrait être candidat, ou pas… C’est possible, mais personnellement, ça ne fera que renforcer ma conviction que cet homme n’est absolument pas digne que je vote pour lui. Et à plusieurs titres d’ailleurs :

  1. d’abord parce que j’ai en mémoire une interrogation d’un des « lieutenants officiels » de Dominique Strauss-Kahn qui se demandait, il y a quelques mois, sur Twitter : « comment créer du désir ? »

Telle était donc la préoccupation d’un proche de Dominique Strauss-Kahn, alors que 5 millions de Français sont au chômage sans espoir de trouver un travail, connaissent la misère, que des millions de jeunes Français n’ont aucune visibilité sur leur avenir social et professionnel, que le pays affronte un pillage systématique de son patrimoine et de ses finances et que des pans entiers de ses valeurs républicaines et démocratiques sont démolis un peu plus chaque jour sous la pression conjointe d’extrémistes de droite intégriste et de politiciens décomplexés. Et je crois qu’aujourd’hui, les mêmes essayent toujours, en tirant sur les mêmes ficelles, de créer du désir… Ce que je trouve affligeant.

  1. Ensuite parce que j’aime les gens francs, j’aime les gens décidés, j’aime les gens qui s’exposent au risque, en deux mots j’aime les gens courageux. Je n’aime pas la coquetterie qui consiste, alors que pour mes compatriotes la situation est désespérée, à se faire désirer et envoyer les autres au front en attendant qu’on se décide à lâcher la proie pour l’ombre.

Or il me semble que les tergiversations de Dominique Strauss-Kahn, depuis plusieurs mois, au sujet de sa candidature à l’élection présidentielle, sont la démonstration d’un énorme manque de courage. Dominique Strauss-Kahn est certainement tiraillé entre les engagements qu’il a pris en acceptant de présider aux changements au sein du FMI, et l’envie, si ce n’est la sienne du moins celle de ses proches, d’accéder à la fonction présidentielle française. Mais, s’il était un vrai homme d’État, et non un homme d’appareil, un homme de décision et non un homme de compromis, pour ne pas dire de compromission, si il était conscient du besoin de changements profonds qu’expriment les Français actuellement et désireux de mener à bien ce changement, il n’hésiterait pas autant.

  1. Je n’ai surtout pas apprécié que, alors que les 40 000 ukrainiens faisaient face à une grave crise sanitaire liée à des maladies pulmonaires graves, le même Dominique Strauss-Kahn ne se dise uniquement inquiet que l’augmentation du salaire minimum en Ukraine. Comme je n’apprécie pas non plus le comportement du FMI, ces derniers temps, en Grèce, pour les mêmes raisons que celles qu’a données M. Papandréou.

Une des qualités premières d’un socialiste digne de ce nom, c’est l’humanité. Le 30 octobre 2009, Dominique Strauss-Kahn en a manqué de toute évidence. Une des qualités d’un socialiste digne de ce nom, c’est le partage des richesses. Et en ce moment,Dominique Strauss Kahn ne semble pas partager cette valeur,  compte tenu de l’attitude de ses subordonnés en Grèce de leur injonction à dépouiller les citoyens grecs de leur pouvoir de décision et de leur patrimoine au profit de quelques multinationales dont nous méconnaissons le nom des principaux propriétaires, mais que Dominique Strauss-Kahn doit bien connaitre.

  1. Qui plus est, je trouve que l’arrivée d’Anne Sinclair dans le champ de la politique intérieure française , aussi indépendante femme de gauche puisse-t-elle se prétendre , est fort déplaisante.

Cette intrusion me paraît aussi déplacée que celle de l’ancienne épouse et de la nouvelle épouse du président de la république actuelle et s’apparente fort à une tentative de personnalisation du pouvoir que je trouve personnellement intolérable. Il me semble d’ailleurs que certains qui soutiennent aujourd’hui Dominique Strauss-Kahn se sont dressés sur leurs ergots, lors de la dernière campagne des élections présidentielles, en critiquant Ségolène Royal à ce sujet. Il semble qu’aujourd’hui ils aient oublié leur indignation…

  1. Enfin , parmi les qualités dont on affuble Dominique Strauss-Kahn, la seule qui fasse l’unanimité à droite, comme chez certains de ses soutiens au parti socialiste, c’est sa compétences en matière économique. On le prétend également fin joueur d’échecs, excellent stratège. Ce ne sont pas les qualités que j’attends du ou de la future présidente de la République.

Je ferai tout de même remarquer que jamais, au grand jamais, Dominique Strauss-Kahn ne s’est élevé, n’a alerté les Français de l’imminence d’une crise économique telle que celles que nous venons de vivre. Si compétences en matière économique il y a de sa part, c’est certainement la compétence à faire en sorte que perdure le système économique mortifère,dans lequel nous vivons depuis les années 30. Système qui enjoint les pays à s’endetter, à brader les monopoles d’État au profit d’intérêts particuliers, au prétexte de rembourser des dettes que seule une poignée de décideurs ont décidé de faire. Dominique Strauss-Kahn ne s’élève pas contre les pratiques d’ingérence de ses subordonnés dans la politique intérieure des pays que le FMI aide financièrement. C’est donc qu’il est totalement d’accord avec ces pratiques et l’appauvrissement du patrimoine commun de l’ensemble de la population grecque. On peut en déduire que si, par malheur, il accédait à la fonction de chef de l’État français, il accepterait, de la même façon que le fait Nicolas Sarkozy, que la France soit totalement dépossédée de ses biens au profit de nébuleuse financière dont il connait très certainement les possesseurs.

Certains seront probablement choqués de me voir faire la comparaison entre Nicolas Sarkozy et Dominique Strauss-Kahn. Je vais leur fait encore plus de mal car, comme Nicolas Sarkozy, je crois que Dominique Strauss-Kahn est fin manœuvrier, habile à louvoyer, à masquer ses intentions réelles, c’est-à-dire très peu franc. Or le meilleur moyen de ne pas prendre les citoyens d’un pays pour des incapables, de ne pas les infantiliser, c’est d’être franc avec eux: sur la situation REELLE du pays, sur les VRAIS enjeux pour CHACUN d’entre EUX, sur la réalité des sacrifices qu’on demande A TOUS, sans exception, de faire et sur l’impact immédiat que les décisions, qu’on prend en leur nom, aura sur leur vie quotidienne, leur avenir et celui de leurs enfants.

Il n’y a pas plus de différence, en plus, entre le comportement les “fans” de Nicolas Sarkozy et ceux de Dominique Strauss-Kahn. C’est le même aveuglement, le même manque de discernement qui les anime. Idem pour l’entourage politique de Dominique Strauss-Kahn. Je ne sais pas si vous avez remarqué mais aucun de ses « supporters » n’est capable de développer un élément de programme de gouvernance. Au mieux ils vous envoient vers des déclarations de DSK vieilles d’il y a 5 ans! On a l’impression qu’ils attendent tout de lui, jusqu’à la moindre virgule du programme… Comme les ministres et les députés de la majorité présidentielle actuelle attendent les éléments de langage que leur envoient les conseillers en communication de l’Élysée. C’est là une conception du rôle d’un candidat, d’un président de la République, d’une majorité présidentielle, dont nous devrions tous nous méfier, compte tenu de l’expérience désastreuse que nous venons de faire avec Nicolas Sarkozy et l’UMP.

Cette finesse stratégique, que d’aucuns reconnaissent à Dominique Strauss-Kahn, me semble malgré tout un très lourd handicap. En effet, outre un problème de positionnement réellement Humaniste, Social, Démocrate et Républicain, c’est d’un excès de stratégie, d’un manque de spontanéité, dont souffrent les socialistes actuels. Ils calculent trop. Ils ont trop le nez sur les tableaux de « bord économique », mondiaux ou nationaux, sur les sondages, sur les statistiques, et cela les empêche de prendre conscience de la situation, sociale, professionnelle, culturelle, réelle d’un grand nombre de Français. Je suis, du reste, convaincue que bon nombre de ces socialistes ne partage les idées des fondateurs socialistes que dans la mesure où elles ne viennent pas empiéter sur leurs ambitions personnelles, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas capables de faire le moindre sacrifice de leur bien-être pour permettre aux moins bien lotis d’accéder au minimum vital.

Je pense sincèrement que la France a largement dépassé le cap ou un simple bon gestionnaire, un simple bon économiste, ou un simple bateleur, permettra de faire en sorte que le pays s’adapte, non pas à la compétitivité et à la mondialisation ( ce qui semble le seul objectif de certains de nos politiciens) , mais à un changement radical d’orientation des choix politiques à long terme. Car c’est de cela précisément dont nous avons besoin : avoir une vision d’un avenir serein, équilibré, équitable, humain, dans lequel chacun, du plus jeune jusqu’aux plus vieux, puisse satisfaire ses besoins essentiels et accéder à la culture de son choix en sachant que la nature, la planète n’en souffriront pas, que chacune de leur possession ne nuira à autrui.

Et en cela, je suis convaincue que Dominique Strauss-Kahn n’est absolument pas le candidat qui permettra un tel changement. Il peut bien dire ce qu’il veut dimanche, mais, tant que je n’aurais pas sous les yeux son programme de gouvernement, mis à disposition avec tout le temps nécessaire pour en étudier les tenants et les aboutissants, je ne suis pas prête de voter pour lui, quand bien même on m’inciterait à le faire au prétexte de vote utile ou de l’intérêt de la Gauche.

Vous l’aurez compris, ce ne sont pas quelques postures communicationnelles qui sauraient me convaincre, pas plus celle de Marine Le Pen, que celle de Nicolas Sarkozy ou de Dominique Strauss Kahn. Je suis formellement attachée à la politique par l’exemple, par  la preuve et par les résultats….  Or avec Dominique Strauss Kahn- comme pour les deux autres d’ailleurs- exemples, preuves et résultats font pencher la balance de mon choix en sa défaveur.

Sources: Le JDD; Le Monde; OZAP; Le Matin; Marianne2; Le Figaro

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Londres, samedi 18 décembre

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Le jardin sous la neige ©

16 h…il neige….C’est beau, non, vécu de l’intérieur.

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