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Pensées paranoïaques

Il n’est pas rare, de nos jours, lorsqu’on prend part à une discussion, que ce soit dans le cadre amical où au travail, lorsqu’on fait part de nos doutes, de se faire traiter de «parano».

Il n’est rare, dont plus, de lire sous la plume de journalistes, d’écrivains, de philosophes, surtout lorsqu’on émet un avis contraire à la version officielle qu’ils défendent, qu’il s’agit là de délire d’illuminés(1) ou de délire de « parano »(2).

Qu’il serait bon de faire remarquer à tous ceux qui ont la fâcheuse habitude d’employer le mot paranoïaque et ses dérivés, pour faire taire leurs contradicteurs, qu’il y a un fossé immense entre émettre des doutes, être sceptique et tenir des propos paranoïaques.

En psychosociologie, la paranoïa de masse n’est pas reconnue. La paranoïa est une maladie. Elle s’attaque à type de personnalité extrêmement précis.

« Cette personnalité se caractérise par une surestimation de soi, un orgueil anormalement développé, une grande difficulté à remettre en cause ses jugements ou son raisonnement, une absence d’autocritique, un autoritarisme, une grande susceptibilité associée à une méfiance avec parfois agressivité. »(3)

La différence entre quelqu’un qui émet des doutes, qui est sceptique, et un paranoïaque, c’est que les deux premiers peuvent, avec des preuves fondées à l’appui, devant un raisonnement logique, cohérent, remettre en cause leur jugement ou leur raisonnement. Ce qu’un paranoïaque ne fera en aucun cas !

On peut donc légitimement penser que ceux qui, à court d’arguments, faute de preuves, concluent en s’étonnant que vous ne leur fassiez pas confiance et que vous cette paranoïa que, le sont bien davantage que vous…puisqu’incapable de remettre en cause leur jugement, de supporter la critique et ayant établi une fois pour toutes que seules leurs preuves sont recevables.

Cependant, ce type de réflexion, asséné plus ou moins gentiment, peut s’avérer être perturbantes pour l’individu. C’est pourquoi des chercheurs anglais* se sont penchés sur les pensées paranoïaques et ont ainsi pu donner quelques éléments qui permettent de détecter ce type de pensées, afin de garder la tête froide.

Je vous livre ici la traduction, que j’ai faite, de quelques passages de leur travail…en espérant que vous ne vous laisserez plus jamais traités de « parano » ou que vous ne penserez plus l’être parce que quelqu’un vous l’a dit !

§§§

Quels sont les pensées paranoïaques ?

« Les pensées paranoïaques sont souvent suscitées par des évènements ambigus, comme des gens regardant dans votre direction, ou un rire entendu dans une pièce.

Nous aurions pu appeler cette section : Quelles sont les craintes des autres ?

Nous aurions pu également l’intitulé : Quels sont les sentiments paranoïaques ?

Ou bien : quels sont les croyances de persécution ?

Les sentiments mentionnés dans le présent article peuvent passer par une grande variété de nom.

Ce que nous entendons par « pensée paranoïaques» :

·         La peur que quelque chose de mauvais se produise

·         La croyance que d’autres puisse essayer de provoquer un tel événement.

Normalement, ces craintes s’alimentent de certains éléments : Un auteur, un type de menace, une raison.

Nous pouvons suspecter absolument n’importe qui de vouloir nous nuire : un voisin, un étranger, un collègue de travail ou un membre de la famille. Parfois, ce peut être une organisation gouvernementale ou religieuse. Parfois des inconnus. Le type de dommages qui peuvent survenir varie aussi. Mais généralement, on craint des dommages physiques, psychologiques, sociaux ou financiers.

Pourquoi pense-t-on que d’autres veulent nous nuire ?

Parce qu’il y a parfois en nous un sentiment d’être tout simplement une victime. Parce que nous pensons que nous sommes une « personne à risque », en raison de qui nous sommes, et parfois parce que nous pensons que la menace est provoquée par quelque chose que nous avons fait.

Quels sont les pensées paranoïaques ?

Il est rare de passer sa vie sans avoir une pensée paranoïaque.

Dans un récent sondage*, 70 % des personnes ont déclaré qu’elles avaient eut, à un moment donné, le sentiment que des gens tentaient délibérément de les perturber.

Dans une autre étude :

·         93 % des personnes croyaient que, à un moment donné, on avait dit du mal d’eux, dans leur dos.

·         80 % des personnes ont estimé que des inconnus avaient des comportements critiques.

Mais combien de gens ont souvent de telles pensées ?

L’institut a récemment mené un sondage, à partir d’un questionnaire (en annexe) distribué à 1200 personnes, afin que de déterminer combien d’entre elles ont régulièrement de telles pensées.

Voici quelques découvertes issues de ce sondage :

·         Entre 30 et 40 % des personnes interrogées ont pensé, une fois dans la semaine écoulée, que des commentaires négatifs ont été émis à leur sujet.

·         10 à 30 % des personnes ont pensé, une fois dans la semaine écoulée, qu’ils etaient peut-être menacés. Cette menace était plutôt légère (quelqu’un essayait délibérément de me mettre en colère) que graves (quelqu’un veut me faire du mal).

·         Un tiers de la population est régulièrement gêné par des suspicions ou des pensées paranoïaques.

·         pour la pensée « j’ai besoin d’être sur mes gardes vis-à-vis des autres » 31 % des personnes interrogées avaient assez rarement cette pensée,17 % l’avaient une fois par mois,21 % une fois par semaine,21 % plusieurs fois par semaine et 10 % une fois par jour.

Quels sont les causes des pensées paranoïaques ?

La recherche a identifié cinq principaux facteurs impliqués dans l’apparition des pensées paranoïaques.

Ces facteurs sont très banals. Nous en avons tous connus, dans notre vie, au moins l’un d’entre eux.

Ce qui est important c’est la façon dont ils se combinent. Les pensées paranoïaques sont causées par une combinaison de certains ou de l’ensemble de ses cinq facteurs :

1.       Le stress et des changements importants dans notre vie. Cela inclut les relations difficiles avec les autres, à la maison, au travail, et le fait qu’on est de plus en plus isolé.

2.       Des émotions négatives comme le stress ou la dépression. Souvent, lorsque nous sommes anxieux nous pouvons surestimer les chances, les risques, de menaces et nous inquiéter trop. La façon dont nous nous sentons à une grande influence sur la façon dont nous pensons

3.       Des sensations « internes » inhabituelles. Le stress peut souvent provoquer des sensations étranges (sentiment d’étrangeté, sentiment d’être provoqué, menacé) et l’insomnie. Parfois l’absorption de drogues provoque les mêmes sentiments.

4.       Notre explication des choses et événements. Les pensées paranoïaques sont notre façon d’essayer de comprendre les choses. Elles sont une tentative de comprendre le sens des événements. Il est tout naturel d’essayer de comprendre le monde qui nous entoure et ce que nous ressentons. Mais quand nous sommes stressés, que nous nous sentons faibles, ou anxieux, ou irritables, nos explications sont susceptibles d’être assez négatives. Nous pensons au pire est souvent nous pensons le pire de ceux qui nous entourent.il peut alors nous sembler que les choses bizarres , désagréables, nous expérimentons sont délibérément causées par d’autres personnes.

5.       Notre raisonnement (notre façon de penser les choses et de parvenir à des décisions et à des jugements).Les pensées paranoïaques peuvent prendre le dessus si nous ne pensons pas à des explications alternatives aux événements et que nous ne prenons pas en considération les éléments de preuve pour et contre nos soucis. Nous passons parfois trop vite aux conclusions.

Ainsi, lorsque nous sommes stressés, que les choses ne vont pas très bien, ou pas aussi bien que nous le souhaiterions, nous pouvons devenir anxieux et interpréter ce que nous ressentons en termes de menaces émanant d’autres personnes, sans vraiment mettre en balance les preuves et considérer des explications alternatives.

Comment savoir si nos suspicions sont justifiées ? Comment pouvons-nous dire si nos craintes sont justifiées ou non ?

Ce n’est pas toujours facile.

Si vous avez du mal à décider si vos pensées paranoïaques sont justifiées, posez-vous les questions suivantes :

·         Est-ce que d’autres personnes pensent que mes soupçons sont réalistes ?

·         Qui est mon meilleur ami ?

·         Ai-je parlé de mon souci à d’autres personnes ?

·         Est-il possible que j’ai exagéré la menace ?

·         Existe-t-il des éléments de preuve irréfutable de mes soupçons ?

·         Mais soupçons sont-ils basés sur l’ambiguïté des événements ?

·         Mes inquiétudes sont-elles basées sur mes sentiments ou sur une preuve indiscutable ?

·         Y a-t-il des preuves qui vont à l’encontre de mes soupçons ?

·         Est-ce que je ne suis pas hypersensible à tout ?

·         Est-ce que mes soupçons persistent si d’autres me disent qu’ils ne sont pas fondés ?

Il n’existe pas de secret permettant de déterminer avec certitude si un souci est irréaliste. Mais en se posant les questions ci-dessus, on peut déterminer si la suspicion et justifiée ou non.

La probabilité que vos craintes soient irréalistes et fortes:

·         Si personne ne partage vos soupçons

·         S’il n’y a pas de preuves incontestables à l’appui de vos soupçons

·         S’il existe des preuves incontestables qui détruisent tous vos soupçons

·         Si vos craintes sont fondées sur les sentiments et les événements ambigus.

·         Si vos craintes persistent en dépit des propos rassurants d’autres personnes.

§§§

Daniel Freeman: http://www.iop.kcl.ac.uk/apps/paranoidthoughts/default.html

Institut de psychiatrie du King’s College de Londre: http://www.kcl.ac.uk/news/news_details.php?news_id=763&year=2008

§§§

*South London Institute of Psychiatrie

Les items du sondage© :

1.       J’ai besoin d’être sur mes gardes vis-à-vis des autres

2.       On fait des commentaires négatifs à mon sujet

3.       Des gens essayent délibérément de me mettre en colère

4.       Je suis peut-être observé ou suivi

5.       Des gens essayent de me déstabiliser

6.       Les gens parlent de moi en utilisant des moyens retors

7.       Des amis et des inconnus me regardent de façon critique

8.       Les gens pourraient être hostiles envers moi

9.       Des choses méchantes se disent sur moi derrière mon dos

10.   Je sais que quelqu’un de mauvaises intentions à mon égard

11.   Je soupçonne que quelqu’un me veut du mal

12.   Les gens me feront du mal si on leur en donne l’occasion

13.   Quelqu’un que je ne connais pas à de mauvaises intentions à mon égard

14.   Il y a une possibilité de complot contre moi

15.   Les gens rient de moi

16.   Je suis menacé par les autres

17.   Je peux détecter les messages codés sur moi dans la presse, la radio, la télévision

18.   Mes pensées et mes actions pourraient être contrôlées par d’autres.

§§§

1) La Foire aux ‘Illuminés’ Pierre-André Taguieff (Mille et Une Nuits).

2) Article de Gilbert Charles, ‘Les paranos du complot,’L’Express du 01/12/2005

(3) in: http://isabellesamyn.e-monsite.com/rubrique,rubrique,1006348.html

 

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One Response

  1. bens dit :

    merci pour ses infos, je devais faire une exposé sur la paranoïa et vous avez parlez de tout les points

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